La prise de notes collaborative

Le choix des outils pour un webinaire

  • Pour ses webinaires, jusqu’à présent, l’enseignante a utilisé Hangout Google car il a un triple avantage : conversation vidéo + une ouverture au public de cette conversation + diffusion simultanée et archivage en différé.
  • Elle a testé plusieurs outils mais a finalement choisi Hangout Google ( son environnement familier pour beaucoup de gens nécessite moins d’apprentissage spécifique).
  • Il y a un erreur stratégique, selon Louise Merzeau, de croire en créer des plateformes en parallèle type-Google ou des réseaux sociaux en marge de ceux utilisés par le public : il faut d’abord intégrer l’écosystème Google, pour mieux y créer des passerelles autour de biens communs, ou d’un espace public renouvelé. L’idée est d’analyser de l’intérieur pour mieux se l’approprier, y réfléchir, voire le critiquer.

 

Quelles avantages du webinaire par rapport à l’enseignement ?

  1. Il fait partie d’un écosystème ; un changement d’échelle qui apporte une plus-value par rapport à un cours durant l’année.
    =>écosystème : tout un réseau spatial, des outils autour du webinaire, un étoilement de temporalité différente.
    => des ateliers avec du présentiel lié au webinaire (essentiel!) : pour l’université, dans le cadre des filières, il faut du travail en présentiel = labo de travail, pas de publication, mais du travail en commun, avec un accompagnement des étudiants (veille, écriture, …) de la part de l’enseignant.
  2. publication possible sur un blog par des étudiants ou l’enseignant a posteriori.
  3. travail en amont de textes annotés en ligne sur la plateforme “Crocodoc” = avec une publication de pdf avec une possibilité de travail en simultané.
  4. outils nomades intégrés : travail avec/sur des pads = prise de notes collective, synthèse de concepts issus d un texte, formulation de questions.
  5. dynamisation de l’évènement du webinaire avec Twitter , pour diffuser, relayer, faire un livetweet (en amont).
  6. utilisation de Storify pour pouvoir réaliser une synthèse (travail en amont et finalisation après le webinaire).
  7. C’est le dispositif qui est intéressant, l’ écosystème mis en place dans le webinaire. La dimension de publication est importante car on accède à un espace public. On se sent responsabilisé, plus impliqué. Regard et position réflexives sont au rendez-vous dans ce cadre de production.
  8. On passe de la situation de cours sanctuarisé à un espace public. Dans cet étoilement, ce qui est intéressant, c’est l’ouverture sur une foule d’activités (de publication, de conversation, de mise en relation, de viralité, de mise en attention, de prise de note en direct avec un pad).

 

Un apprenant actif et responsabilisé

  • Il est aujourd’hui difficile de capter l’attention du public enfermé dans une salle.  Il faut alors jouer avec des dispositifs qui permettent de capter l’attention comme avec des webinaires qui permettent de renouveler une dynamique. L’apprenant n’est plus consommateur , il agit avec une intensité participative, même si c’est pendant 3 heures en ligne.
  • Autre activité : l’activité de veille.  On peut repérer des espaces du web qu’on n’aurait pas forcément vus en recherche sur Internet. L’activité de veille en amont, pendant et après, est ainsi liée au webinaire = c’est un radar qui nous informe via des communautés, des acteurs qu s’intéressent au même sujet…
  • Le webinaire et les nouvelles façons d’interagir autour, rendent l’apprenant responsabilisé : non pas parce qu’il est en ligne, mais parce qu’il est cet espace public évoqué. C’est un retour à la “cité” en communiquant ce qui est évoqué et créé.
  • Il pourrait être facile de croire que l’appareillage est difficile pour la mise en place d’outils en vue d’un webinaire : mais même dans une situation “classique”, ou dans un amphithéâtre, par exemple, il y a une disposition d’apprentissage à trouver. Il y a un souci d’attention de la part du public et on doit jouer soi-même de dispositifs qui permettent de créer de l’intensité participative : le fait d’être en public, d’être rejoint par d’autres crée une situation motivante et qui rend actif pendant un long laps de temps.
  • L’activité aussi qui tient à coeur à Louise Merzeau est la construction de contenus à partir de l’étoilement qui seront ensuite partagés sur un temps long et sur d’autres outils (archivage) = on parle de “redocumentarisation” (concept de Jean-Michel Salaün).
  • De plus en plus on demande aux étudiants de savoir naviguer et de rapporter ces collectes et ces curations d’informations = aide au repérage, à la mémorisation et à la sélection de ce qui est important. Les outils de curation permettent de mettre en oeuvre ces différents processus.

 

Un partage ouvert dans le temps et l’espace public : du sanctuaire à la Cité.

Le partage est significatif :

  1. entre les participants du webinaire (inscrits) : facilitation des relations, des connaissances, des compétences des uns et des autres => coopération entre les personnes (étonnement de la part des étudiants, à l’inverse de la concurrence entre eux liée à un travail solitaire. On note une confiance en soi renforcée, parce qu’on a chacun des compétences et on peut “compter” sur un autre. On rend par exemple la pareille à un autre moment.
  2. dans l’ouverture liée à l’incertitude : qui sera présent pour nous écouter ou voir les travaux? Les étudiants préfèrent avoir des réponses que des questions, mais dans le cadre de la recherche, il y a une prise de risque, c’est un peu l’aventure. L’incertitude peut apporter quelque chose à l’étudiant en le mettant en danger. Il y a une participation périphérique, toujours pertinente et très intéressée. Quid alors de l’ouverture de l’école sur la cité?.Il y a possibilité de donner accès à quelque chose pour les citoyens désireux d’apprendre et de dialoguer avec des chercheurs au sens large.
  3. Pour l’apprenant-chercheur : le numérique c’est la possibilité de se connecter à des auteurs vivants et d’intéragir avec eux. Pour le citoyen, c’est la possibilité d’accéder à un espace qui n’est plus un sanctuaire mais un retour à la Cité : remettre le travail de recherche et d’enseignement dans un espace de débat, de délibération. Chacun peut intervenir (tous ne sont pas égaux en terme d’accès et d’outils, mais ont quand même cette possibilité d’interaction).

 

Questions de la part des interagissants


Brigitte Pierrat : les élèves ont des facilités à mettre des éléments personnels sur les réseaux sociaux, alors que le dialogue dans la famille est peu aisé. Comment dès lors se positionner en tant qu’enseignant ?

  • Il s agit d’aller vers les espaces de sociabilité. Le web social est un enchevêtrement de mini réseaux qui cohabitent, s’ignorent… Il s agit pour nous de respecter l’espace de chacun. Les conversations sur Facebook leur sont personnelles. IL faut donc avoir des règles de bonne conduite pour respecter la privauté de ces espaces, malgré leur coté “public”. C’est notre rôle de médiateur de montrer aux élèves d’autres outils, plateformes pour échanger, travailler, débattre ou proposer une autre utilisation de ces espaces déjà utilisés. On crée d’ailleurs une passerelle avec ce qu’ils savent déjà faire sur ces outils sociaux.
  • La problématique des “biens communs” permet de faire converger une politique de la présence numérique au sein des institutions, sans oublier une vision politique de défense de ces biens communs et d’élaboration d’un espace commun. Même s’il faut un début de communauté, ensuite au fur et à mesure de la mise en place, il y aura un effet boule de neige ainsi qu’une ouverture et une ramification vers du collectif. Nous avons des pratiques de plus en plus individualisées, et au sein d’un webinaire, s’entretient le sens du collectif.

Julie Jacoutot : quelle position de la part de l’université sur la mise en place de la technique de webinaire ?

  • Il n’y a pas d’obstacles majeurs, il y un souhait très fort de la part de Louise Merzeau pour que l’enseignant chercheur ait les droits sur son cours et puisse les publier. Il faut juste faire attention concernant les propos et les images des étudiants. L’insitution n’a pas opposé d’objections, justes des questions d’ordre technique (connexion filaire, salle ad’hoc pour l’accueil d’intervenants).
  • Le webinaire est également un outil de promotion du département, de la discipline et de l’université et c’est un discours qu va de pair avec la politique numérique qui est dans l’air du temps.

Quelles sont les limites, les soucis liés au webinaire ?

  • Les contraintes techniques existent liées à un lieu, un temps, à du matériel :  rôle de régie, savoir utiliser plusieurs espaces (Twitter, communautés, …),  s’assurer que le son est audible.
  • Le webinaire génère de la tension. C’est inhérent à la disponibilité intellectuelle qui peut être altérée. Il y a un impact sur la façon de provoquer une tension et donc une attention comme passer sur un plateau de télé.
  • La relation présentiel/distanciel est à trouver : Ce dispositif a vocation à intégrer la plupart des cours (en ligne, +/- ouvert, +/- participatif). Une partie de la transmission doit aussi se faire hors espace public et en présentiel. Pour le moment, le rapport présentiel/distanciel est encore en devenir. De nombreux cours intègreront le webinaire à l’avenir mais tout ne peut se faire comme cela. Le travail hors espace public (donc en présentiel) reste un moment privilégié dans certaines situations.  Il faut développer l’articulation et la combinaison des deux.

 

Un webinaire artisanal ou formel ?

  • Le webinaire permet et contraint. Il ne faut pas négliger ces difficultés. Il faut prévoir cela dans la gestion et mettre des règles (aux moments de déconnexion et de co-présence forte, par exemple). C’est à nous de décider. L’offre ira de plus en plus dans le sens de cette imbrication.
  • Souvent le webinaire intègre un bricolage. L’espace familier de nos lieux de production facilite t-il la participation des uns et des autres? (quel impact de l’image, de l’ambiance qu’on transmet?)
  • Vaut-il mieux essayer de faire des webinaires formels avec studio et production audiovisuelle de qualité ou conserver et entretenir l’aspect artisanal “où chacun le fait de chez lui” ? Il y a peu de réflexion sur cette question de l’impact de l’espace privé. Il faudrait davantage de formalisation et de standards en fonction des styles différents de webinaires. Il faudra aussi à l’avenir, s’interroger sur l’image transmise, la technique n’est jamais séparée du contenu : le dispositif est le tout. Le webinaire est encore à inventer.

Les webinaires mentionnés sont accessibles sur le site de Louise Merzeau.

Les questions sont possibles à l’auteur directement sur son site, sur son compte Twitter ou sur sa page Google+

La pratique du webinaire : en quoi développe-t-il le travail de co-construction entre apprenants ?

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