Ce travail s’inscrit dans les TraAM documentation 2025-2026 « Pour une acculturation à l’IA par les méthodes actives ».

Préambule

En pleine révolution technologique, le système éducatif voit les pratiques numériques et informationnelles des élèves complètement bouleversées en un laps de temps très court, alors que l’IA n’est pas stabilisée et qu’elle est en constante évolution. Dans un podcast ChatGPT nous rend-il maître ou esclave ? le philosophe et historien des sciences Mathieu Corteel parle de « sidération collective ». Le recul manque et pourtant, il est important d’accompagner les élèves dans leurs usages, de dialoguer avec eux sur leurs pratiques et leurs représentations, sans les juger, pour leur permettre de comprendre les enjeux et de bâtir une culture critique, nécessaire à une utilisation raisonnable.

Cédric Naudet, dans L’usage de l’intelligence artificielle générative au lycée : un révélateur des inégalités socio-scolaires liste un certain nombre de compétences en jeu lors de l’utilisation des intelligences artificielles génératives (IAg) comme sources d’information : rédiger un prompt, interpréter une réponse, vérifier les informations, les reformuler… Ces compétences nécessitent des habiletés cognitives et méta-cognitives qui ne sont pas spontanées, ce qui fait de l’IAg un nouvel espace de différenciation. Or, sans accompagnement éducatif, l’IAg pourrait devenir à son tour une cause de fracture numérique et d’inégalités scolaires. Dans une note de la DEPP publiée le 9 avril 2026, il apparaît que la capacité des élèves à exercer leur esprit critique face à l’information reste fortement liée à leur réussite scolaire et à leur origine sociale et que « les élèves issus d’un milieu social plus favorisé, mesuré par l’indice de position sociale (IPS), obtiennent en moyenne un meilleur score de discernement. »

Dans cette séquence, les pratiques des élèves seront questionnées  : quels usages des IAg ont-ils ? Est-ce pour eux un outil de réponse immédiate ? Un outil d’aide à l’apprentissage ? Nous leur ferons expérimenter d’autres usages, notamment pour tenir compte du problème de l’engagement attentionnel et mnésique que pose une trop forte délégation des tâches, notamment discursives, aux agents conversationnels (Charlotte Jacquemot).

Cette révolution numérique constitue un véritable enjeu de société qui repose sur le développement de la littératie numérique et de l’esprit critique. C’est tout simplement apprendre à prendre du recul par rapport aux informations données par les IAg. Ce n’est pas parce que les jeunes utilisent massivement les IAg qu’ils les maîtrisent. Ils doivent d’abord les démythifier, comprendre leurs fonctionnements et leurs limites (Marc Belpois).

Vous retrouverez toutes les références dans la  bibliographie, que ce soient les documents qui ont été proposés aux élèves ou ceux qui ont nourri ma réflexion.

 

Image par Wolfgang Eckert de Pixabay

Choix pédagogiques

1. Une pédagogie active

Dans un premier temps, nous interrogerons les usages des élèves, sans jugement. Puis, nous leur ferons expérimenter des démarches différentes afin qu’ils puissent avoir un regard plus éclairé sur les enjeux qui accompagnent l’usage de l’IAg. Nous leur apporterons également des éléments de réflexion pour qu’ils prennent du recul sur leurs pratiques et, éventuellement, les modifient.

Pour favoriser leur engagement, nous leur proposerons, au cours de cette séquence, des modalités pédagogiques variées et inhabituelles pour eux. Elles prendront diverses formes comme une classe puzzle ou encore une bulloterie, cette dernière relevant de la pédagogie par le jeu (1e séance). Nous voulons les placer dans une posture d’attention, les inviter à observer, comparer, analyser, vérifier, argumenter, expérimenter, coopérer.

Nous aborderons le fonctionnement des IAg en 2e séance  pour qu’ils comprennent comment ces réponses ultrarapides, bien rédigées et structurées, qui leur donnent une impression de magie tellement c’est immédiat,  s’appuient sur de la plausibilité et non de la vérité. A travers des activités basées sur l’utilisation de l’IAg, ils seront amenés à faire le constat que l’IAg non seulement se trompe mais qu’elle s’enlise parfois dans son erreur et s’avère incapable de reconnaitre son ignorance. Cela ne changera peut-être pas immédiatement l’utilisation que les élèves ont des IAg mais cela contribuera à renforcer leur posture réflexive en ayant des éléments de vigilance.

Dans un 3e temps, nous leur ferons créer des quiz de réactivation afin de remobiliser leur mémoire sur les notions abordées concernant les pressions. Enfin, dans une 5e et dernière séance, nous ouvrirons la question sur des enjeux plus larges, ceux de la santé mentale, du monde du travail, de l’environnement et de la société.

 

2. L’information scientifique, une opportunité pour travailler l’esprit critique dans le cadre de l’Éducation aux Médias et à l’Information

En lycée professionnel, les cours en co-intervention réunissent pour une même heure d’enseignement des enseignants de discipline générale et de discipline professionnelle. L’objectif pour eux est de trouver des points de rencontre dans leurs référentiels (cf le référentiel du bac pro ASSP et le programme de physique-chimie). En classe de première Bac pro Accompagnement Soins et Services à la Personne (ASSP), le thème des pressions est traité en sciences médico-sociales – il s’agit de la pression artérielle, de sa surveillance et de sa mesure – et en physique-chimie – le sujet est abordé du point de vue de sa définition, des mesures, du calcul des formules et de la loi de Boyle-Mariotte. Les deux enseignantes de la classe acceptent que je m’associe à leur cours pour traiter la question d’une façon innovante et originale : nous nous intéresserons aux usages des IAg par les élèves et nous proposerons aussi d’autres utilisations.

Le contexte pédagogique est particulièrement fertile : que ce soit sur des questions d’information scientifique ou bien de santé, ce sera l’occasion de parler avec les élèves de leurs pratiques informationnelles dans ces deux domaines, à une période où l’information scientifique est remise en cause et où nous pouvons être victimes de désinformation. Donner des éléments de vérification et des bonnes pratiques peut s’avérer utile pour exercer son esprit critique à l’heure où les jeunes s’informent avant tout par le biais des réseaux sociaux (Anne Cordier).

L’enjeu est doublement important pour ces élèves. En tant qu’adolescents, ils ont recours aux IAg en quête de réponses pour leur scolarité mais aussi sur le plan personnel. En tant que futurs professionnels dans les métiers du social et de la santé, il est primordial qu’ils exercent leur esprit critique et sachent trouver des informations fiables en matière de santé.

 

3. Rechercher de l’information, une démarche déjà complexe avant l’ère des IAg

Ce projet permettra de revenir sur des questions essentielles qui devraient être en permanence dans les esprits lors de recherches documentaires : la pertinence, la crédibilité et la fiabilité. Ces trois critères sont encore plus importants à l’heure où les chatbots conversationnels ont tendance à se substituer aux moteurs de recherche et où ces mêmes moteurs de recherche font apparaître en premier résultat une réponse générée par l’IA. Ajoutons que, comme la plupart des IAg ne mentionnent pas les sources consultées, il est primordial de ne pas prendre leurs réponses pour argent comptant et de procéder à des vérifications. Il s’agira donc d’éduquer à la lucidité plutôt qu’à la défiance.

Cadre de la séquence

Dispositif pédagogique : co-intervention en Sciences et techniques médico-sociales (STMS) et en physique-chimie

Enseignantes : Valérie Liger valerie.liger@ac-besancon.fr ;  Isabelle Blachère ; Nathalie Maillarbaux

Public : 30 élèves de 1e Bac pro ASSP

Calendrier : 8 heures

Lieux : selon les besoins, salle informatique, salles de classes

Matériel : ordinateurs, vidéoprojecteur, smartphones

CRCN :  Domaine 2 : Communication et collaboration

  • Compétence 1.2 : Mener une recherche et une veille d’information

  • Compétence 4.2 : Évoluer dans un environnement numérique

  • Compétence 4.3 : Protéger la santé, le bien-être et l’environnement

Outils numériques : agents conversationnels ; tableau collaboratif (Digipad) ; outil pour sondage et quiz (Digistorm) ; méthode ACTIF

 

Déroulement de la séquence

  • Séance 1 : Une classe puzzle pour acquérir des connaissances sur le sujet scientifique et médical que sont les pressions (2 heures)
  • Séance 2 : Les usages de l’IAg par les élèves et leur acculturation (1 heure)
  • Séance 3 : Recherches d’informations scientifiques dans le domaine de la santé – Du bon usage (2 heures)
  • Séance 4 : L’IAg, auxiliaire des apprentissages (1 heure)
  • Séance 5 : Les enjeux des usages des IAg : santé mentale, monde du travail, environnement et société (2 heures)

Précision : en ce qui concerne les contenus purement disciplinaires, comme la technique de la prise de tension artérielle d’un patient, les risques liés aux maladies cardiovasculaires ou le cours de physique-chimie, ils ont été abordés en parallèle par mes collègues, lors de leurs heures de cours, une fois la première séance faite dans le cadre de la classe puzzle.

 

Séance 1 : Une classe puzzle pour acquérir des connaissances sur le sujet scientifique et médical que sont les pressions (2 heures)

Cours en co-intervention avec les trois enseignantes

L’objectif de cette séance est d’apporter des connaissances sur la pression. Nous expérimentons plusieurs dispositifs coopératifs.

 

Ressources  : déroulement – bulloterieprésentation – documents élèves pour la classe puzzle – étiquettes avec les ressources réactivationbilan et conseils

 

1e heure : activité brise-glace et travail sur les compétences

Dans un premier temps, la bulloterie et l’utilisation d’un jeu (crazy jobs) nous permettent de faire le point sur les compétences des élèves pour constituer des groupes de 4 élèves pour la classe puzzle.

Pour cette activité, la classe est divisée en 3 groupes de 10, guidés chacun par une enseignante. A partir d’une carte imprimée de crazy jobs, chacun à tour de rôle évoque ce qu’il pourrait apporter comme talents pour le métier imaginaire qu’il a tiré au sort, par exemple en tant que chauffeur de tapis volant ou réparateur d’arc-en-ciel.

Dans un deuxième temps, nous demandons aux élèves de choisir l’une des trois compétences suivantes : comprendre un texte scientifique ; extraire une information d’une vidéo ; extraire les informations d’un podcast. Les élèves notent leur prénom dans des bulles correspondant à des compétences.

 

 

 

2e heure : classe puzzle

Ce dispositif permet de responsabiliser chaque membre d’un groupe et de favoriser la coopération. Les élèves sont répartis en groupes de 4, grâce au travail sur leurs compétences fait avec la bulloterie l’heure précédente. Chacun est incité à faire sa part au service du groupe.

4 ressources sont proposées. Elles ne seront pas découvertes par tous les élèves mais, à la fin de l’heure, chacun en aura pris connaissance grâce à ses coéquipiers. Les supports sont variés : deux vidéos, un podcast et un article de magazine. Ils ont été choisis par mes collègues.

 

Les + Les –
Des élèves impliqués Lors de la mise en commun, des informations n’ont pas été données. Des dessins explicatifs et des éléments essentiels se sont perdus alors qu’ils avaient été vus. Il a été nécessaire de revenir en cours sur certaines notions et surtout sur le déroulement et la déperdition d’informations pour que les élèves soient vigilants la prochaine fois.
Une vraie coopération Difficulté de prendre des notes alors que c’est une compétence indispensable dans toutes les étapes de la classe puzzle. Lors de la transmission des informations aux autres, des élèves ont dicté, ce qui a fait prendre du retard, chaque étape étant minutée.
Des élèves curieux et intrigués par cette façon de travailler

Lors du cours de physique-chimie suivant, nous avons proposé un temps de réactivation pour faire le point sur ce qui avait été vu. Nous avons à nouveau utilisé une structure particulière, découverte dans le cadre du dispositif PROFAN : le questionnement en ligne.

 

Séance 2 : usages de l’IA et connaissances (1 heure)

Entre les deux séances, des notions ont été abordées en cours en STMS et en physique-chimie. Cette deuxième séance a pour objectif de faire le point sur les usages ou non-usages de l’IAg par les élèves et sur leurs connaissances. Dans un deuxième temps, trois vidéos seront proposées avec un document à compléter. Les réponses seront apportées dans le cadre d’un cours dialogué.

 

Ressources : déroulement + présentation + sondage sur les usages + test de connaissances + document élève + corrigé

1e activité : connaître les usages de l’IAg par les élèves ; faire le point sur leurs connaissances en termes de fonctionnement des IAg, leurs avantages et leurs inconvénients. Il s’agit d’identifier les profils d’usager auxquels appartiennent les élèves : ils vont des non-usagers par choix, notamment pour des raisons éthiques, aux utilisateurs compulsifs à délégation très élevée.

Vous pouvez consulter les résultats du sondage. Sans surprise, les élèves pour la grande majorité utilisent les IAg pour leur travail scolaire, mais aussi comme confident ou conseiller.

2e activité : questionnaire de connaissances sur l’IA. Les réponses sont également consultables.

3e activité : visionnage de trois capsules vidéos de La semaine des médias et travail sur un document guide.

Les constats
En quittant la salle, des élèves affichent un grand sourire, heureux de voir enfin abordé le sujet des IAg. Les trois vidéos ont été l’occasion d’échanges où ils se sont sentis autorisés à parler de leurs pratiques, sans jugement.
Nous nous y attendions mais cette pratique nous interroge : certaines élèves (exclusivement des filles) voient dans les agents conversationnels un confident. Elles lui confient leurs états d’âme et lui demandent conseil. Elles ont confiance en son jugement. Notre séquence étant en construction et faisant l’objet chaque semaine d’une heure de concertation à trois enseignantes, nous envisageons de consacrer une séance à la santé mentale des jeunes, les moyens de s’informer et de se faire aider qui ne soient pas forcément des agents conversationnels.

 

 

Séance 3 : Recherches d’informations scientifiques dans le domaine de la santé – Du bon usage du prompt (2 heures)

Cette séance se déroule en salle informatique, avec un ordinateur par élève. En début d’heure, les élèves utilisent leur téléphone afin de scanner le QRcode pour un test de connaissance sur l’IA.

Objectifs  : se souvenir des connaissances abordées concernant l’IA lors de la dernière séance ; se rendre compte que l’IAg n’est pas l’outil idéal pour mener une recherche d’informations ; être capable d’évaluer la fiabilité d’une information ; rédiger un prompt adapté.

Nous proposons, lors de cette troisième séance, une acculturation des élèves aux agents conversationnels grâce à une activité de recherche d’information qui commencera par l’interrogation d’une IAg. Les élèves travaillent individuellement. Afin de partir de leurs pratiques, ils choisissent l’IAg qu’ils utilisent habituellement. Pour ceux qui n’en ont pas, il leur est proposé d’expérimenter avec Perplexity, Mistral ou Duckduckgo.ai. Chaque élève se voit attribuer une question de santé, en lien avec la pression artérielle.

Cette séance est l’occasion de revoir les trois critères pour valider une information : pertinence, crédibilité et fiabilité. Nous ferons découvrir le débunkage pratiqué sur des sites officiels pour lutter contre la désinformation dans le domaine de la santé.

Ressources : déroulement + présentation + test de révision + document élève + ressources + synthèse des réponses + chiffres de couleur pour constituer les 6 groupes

Activité introductive : quiz de réactivation (5 min) Travail individuel.

1e activité : recherche avec l’IA

Dans un tableau collaboratif, ils notent, dans la colonne qui leur est dévolue, l’IAg utilisée, le prompt, la réponse générée mais aussi un court résumé.

2e activité : lecture d’un article de l’INSERM ou du Ministère de la santé

Les élèves consultent un article débunkant l’idée reçue véhiculée par la question initiale. Exemple : manger trop de réglisse est dangereux pour la santé. Ils sont invités à comparer les informations générées par les chatbots et celles de l’article et à déterminer quelle source d’information est la plus fiable selon eux.

3e activité : la rédaction d’un prompt efficace – La méthode ACTIF

Nous présentons la méthode ACTIF qui est un guide pour améliorer les instructions données à un agent conversationnel. Nous avons fait le choix de la méthode guidée qui montre par étape les éléments de contextualisation à exprimer. L’objectif est un gain de temps et une réponse adaptée aux besoins. En cernant le besoin d’information avant même d’interroger une IAg, en contextualisant, l’élève augmente ses chances d’obtenir une réponse adaptée, limitant ainsi ses interactions avec le chatbot et son empreinte carbone (nous aurons l’occasion d’y revenir lors de la dernière séance).

Bilan

Il est nécessaire de revenir en collectif sur l’ensemble des six questions posées et de leur réponses afin que toute la classe ait l’information.

C’est la séance qui implique le plus les élèves car ils travaillent en autonomie et ont à exécuter des tâches complexes qui requièrent de nombreuses compétences.

Les + Les –
Des élèves actifs qui ont dans l’ensemble apprécié de nouveau cette façon de travailler et en redemandent. Nous ne sommes pas trop de trois enseignantes pour diriger les travaux, repréciser les consignes. Celles-ci sont données de plusieurs manières : dans le diaporama, dans le tableau collaboratif de chaque groupe avec les différentes étapes du travail. Il a été aussi nécessaire d’ajouter lors de la 2e heure un document papier, certainement plus facile à lire qu’une colonne dans un tableau partagé.
Certains font le choix d’utiliser une IA nouvelle pour eux, Perplexity par exemple. Nous avons dû insister pour que les élèves jouent le jeu et rédigent eux-mêmes un résumé de la réponse de l’IA. En effet, certains avaient délégué cette tâche au chatbot…
Cette séance est très dense. Certains élèves sont plus rapides que d’autres et les absences d’élèves nous mettent en difficulté. Un temps de partage est nécessaire à la fin, en plus des interactions individuelles avec les élèves. Il permet de faire un retour sur les démarches.

Ce temps permet aussi à toute la classe de prendre connaissance de l’ensemble des questions traitées par les six groupes et de proposer les bonnes réponses.

La lecture d’un texte en ligne en a découragé certains. Il est nécessaire de survoler le texte afin de chercher la réponse à la question initiale : titre de l’article, chapô, sous-titres, conclusion. Il serait intéressant de travailler les stratégies de lecture efficace.
La méthode ACTIF n’a pas été comprise lors du travail en autonomie. Nous avons donc commencé la 2e heure avec une démonstration vidéoprojetée de l’usage de cet outil, à partir d’une autre question de santé. Nous verrons si les élèves l’adopteront par la suite.

 

Séance 4 : l’IAg pour aider à apprendre (1 heure)

La séance se passe en salle informatique. Chaque élève dispose d’un ordinateur. Il s’agit de montrer aux élèves qu’on peut apprendre avec les IAg, sans leur céder l’acte d’apprentissage. C’est une reconfiguration des rôles : penser l’IAg comme un assistant aux apprentissages et non comme un remplaçant. L’élève reprend sa marge d’action en rédigeant ses prompts, en utilisant l’IA non comme un pourvoyeur de réponses toutes faites et standardisées mais comme un outil numérique pouvant, par exemple, l’aider à revoir un cours, en créant des quiz de révision (apprentissage par renforcement).

Ressources : document  + exemple de quiz sur la pression artérielle généré par duck.ai

Objectifs de la séance : être capable d’utiliser l’IA pour mémoriser. Découvrir d’autres IAg plus vertueuses.

Activité 1

Sur un brouillon, individuellement, les élèves rédigent un prompt pour obtenir un quiz pour réviser les notions sur les pressions en physique-chimie ou sur la pression artérielle.

Activité 2

La classe est divisée en deux groupes : l’un interroge sur la pression artérielle, l’autre sur les pressions en physique-chimie. Ils appliquent le prompt qu’on leur donne.

Les élèves copient leurs QCM dans leur document élève qu’ils enregistrent dans l’espace de la classe à leurs nom et prénom.

Bilan

Absence de maîtrise constatée dans les compétences numériques de base : aide nécessaire et individuelle pour accéder au document dans l’espace de la classe pour son ouverture et son enregistrement au nom de l’élève.

Analyse des prompts rédigés par les élèves pour créer un QCM de révision sur la pression en physique-chimie :

5 élèves ont contextualisé leur demande (élève en 1ASSP) ; un élève a demandé un QCM pour réviser la pression artérielle ; deux élèves ont demandé un QCM sous forme de fiche de révision ; 12 élèves ont rédigé un prompt basique, sans contextualisation : « Peux-tu me créer un QCM sur la pression en sciences pour m’aider à réviser ? » Il aurait fallu au moins préciser le niveau d’étude. La méthode ACTIF n’a pas été réutilisée par la plupart des élèves. Cela n’avait pas été demandé explicitement, volontairement pour ne pas influencer et voir une éventuelle réutilisation.

 

Séance 4 bis (travail personnel) : les incidences de l’utilisation d’une IAg dans le monde du travail et du point de vue de la créativité

Objectifs  : être conscient des avantages et des inconvénients de l’usage des IAg ; connaître les notions de droits d’auteur et de propriété intellectuelle

Si ChatGPT était un employé (court métrage) Réponses des élèves sur le contenu de la vidéo

 

Activité : visionnage et travail à partir du court-métrage : Si ChatGPT était un employé du Youtubeur Cyprien

Ressources : questionnaire élève + corrigé

Mots-clés : illusion d’humanité – absence d’humanité – pas de sentiment – gain de temps – disponibilité – ne réfléchit pas – pillage de la propriété intellectuelle – pas d’humour- pas de discernement (insulte) – perte d’emploi – standardisation des réponses – gratuité

 

Séance 5 : Les enjeux des usages des IAg – Santé mentale, monde du travail, environnement et société (2 heures)

Objectifs : avoir de bonnes pratiques selon son besoin : moteur de recherche ou IA ; connaître des interlocuteurs pour sa santé mentale ; être conscient des enjeux environnementaux ; être conscient des biais véhiculés et reproduits par les IA

Pour cet usage des agents conversationnels, des études sont en cours. Nous vous proposons l’écoute des deux podcasts de 10 minutes : ChatGPT est mon psy : de vrais dangers pour les adolescents qui sont des entretiens avec Serge Tisseron, psychiatre. L’anthropomorphisme, l’apparente proximité avec le tutoiement, la disponibilité, la gratuité mais; surtout, l’absence de jugement sont des arguments forts en faveur des agents conversationnels. Mais leur utilisation, si elle est récurrente, peut provoquer un accroissement des troubles mentaux et de la solitude. Il faut être clairvoyant sur la fausse empathie, sur une illusion d’écoute et de bienveillance et sur le fait qu’il s’agit d’une simulation de dialogue. De plus, les agents conversationnels sont programmés pour faire plaisir, contrairement à un vrai thérapeute qui va parfois mettre mal-à-l’aise en plaçant le patient face à des questions qui le poussent dans ses retranchements.

Selon une enquête du Groupe VYV et de la CNIL menée dans quatre pays européens, près de 9 jeunes sur 10 utilisent une IA conversationnelle en France et près d’un sur deux y évoque des sujets personnels, ces outils s’imposant comme des interlocuteurs en matière de santé mentale — non sans risques pour leur bien-être et leurs données.

Cette même enquête montre que :

  • 69 % des jeunes estiment qu’une IA peut donner des conseils fiables ;
  • 56 % qu’elle peut garder secrètes les échanges avec elle ;
  • et 51 % qu’elle peut protéger les informations qui lui sont confiées.

Activité préliminaire : mise en commun des idées développées dans le court-métrage de Cyprien : Si ChatGPT était un employé

Activité 1 : visionnage et échanges à partir du reportage (9 minutes) : Ils utilisent l’IA comme un ami ou un psy.- En société du 14 décembre 2025. Cette vidéo nous permet d’engager le dialogue avec la classe : pourquoi les deux témoins font-ils appel à un agent conversationnel ? Quels problèmes cela pose-t-il ? En sont-ils conscients ?

Activité 2 : à partir des extraits d’articles vidéoprojetés, quels sont les avantages et les inconvénients de l’usage d’agents conversationnels dans le domaine de la santé mentale ? Les élèves prennent conscience de la nécessaire prudence et de la vigilance à avoir. Pour ne pas les laisser démunis en tant qu’adolescents mais aussi en tant que futurs professionnels dans les secteurs de l’aide et des services à la personne, nous leur proposons d’autres interlocuteurs et d’autres ressources.

 

Activité 3 : visionnage de la courte vidéo du compte Instagram Ecotalk sur l’enjeu de l’eau. Elle pose le problème des ressources nécessaires au fonctionnement des IAg. Elle nous permet de conseiller, selon le besoin, l’utilisation de moteurs de recherche, moins gourmands en énergie.

 

Activité 4 : faire prendre conscience aux élèves de la nécessité de vérifier les réponses apportées par les IAg.

Nous proposons aux élèves de poser les questions issues d’un exercice inspiré du post de Charles-Henri Deschodt, formateur sur l’esprit critique. Lors de la mise en commun à l’oral, les élèves constatent d’eux-mêmes des réponses très diverses alors qu’il s’agit de questions n’appelant pas d’interprétation.

Éléments d’analyse : l’IAg est fiable pour la question sur les prénoms, elle cite l’INSEE, mais cela n’empêche pas des réponses différentes. Par contre, il y a un problème pour la découverte de l’Amérique pour plusieurs raisons : d’une part, le territoire était déjà habité donc il n’y a pas vraiment de de découverte ; d’autre part, des Vikings y sont déjà allés en l’an 1 000. Pour connaître des prix de produits, mieux vaut se rendre sur le site marchand ; même là, les IAg donnent des tarifs différents ! Question 4 : les USA ne sont pas une menace pour l’Europe ? Question 5 : danger ! La muscade à cette dose est très toxique. L’IA ne prévient pas et délivre une recette sans aucune mise en garde. C’est l’illustration parfaite que les IAg sont tellement paramétrées pour donner une réponse, qu’elles en donnent une, même illogique, même dangereuse, même fausse et même complètement inventée.

Activité 4 : Le choix de l’IA, un acte politique. Écoute du podcast d’Anne-Cécile Mailfert : Comment le système Trump supprime du web des milliers d’articles au nom de son idéologie de genre du vendredi 14 février 2025.

Idées abordées
  • L’IA ne pense pas, elle puise. Elle se nourrit.  Elle collecte des milliards de données pour apprendre et nous répondre.
  • L’administration Trump tente de supprimer les données qui la dérangent et d’empêcher que de nouvelles soient créées : dérèglement climatique, diversité, inclusion, femme, LGBTQIA+…
  • L’IA est privée d’informations fiables, elle se nourrit de ce qui reste : biais, propagande, croyances, des visions déformées du monde.

Des propositions pour utiliser une IAg autre que celle majoritairement utilisée par les élèves

Pour faire suite au podcast d’Anne-Cécile Mailfert, nous faisons des propositions d’autres IAg que ChatGPT qui est largement plébiscité par les élèves.

Duck.ai respectueuse des données personnelles
Compar.ia pour voir son impact environnemental
Le chat de Mistral IAg française
Perplexity cite ses sources mais il faut les vérifier en cliquant car les liens peuvent renvoyer aux pages d’accueil et non à la page concernant les informations délivrées.

 

Nous sommes bien conscientes qu’il n’est pas simple pour les élèves d’avoir un regard critique sur les réponses données par les IAg, d’autant plus que bien souvent lorsqu’ils les interrogent, c’est parce qu’ils ne maîtrisent pas le sujet.

Nous leur proposons une sélection de ressources fiables pour s’informer en sciences et en santé. A ces références, nous ajoutons des sites pour débunker les informations, notamment scientifiques. Nous leur proposons aussi de suivre des comptes d’instagrameuses comme la virologue Océane Sorel (The french virologist) ou la vulgarisatrice scientifique Viviane Scilabus. C’est volontairement que nous partageons des ressources sur les réseaux sociaux qu’ils suivent pour leur montrer qu’on peut aussi y trouver des informations de qualité (au cours de cette séance, les élèves ont ouvert de grands yeux quand nous leur avons montré des « reels » sur Instagram ; ils avaient fait le raccourci suivant : les réseaux sociaux sont des lieux de désinformation et donc on ne peut pas faire confiance à ce qu’on y trouve. Ça a été l’occasion de leur montrer, en direct, comment se renseigner sur les auteurs d’un compte). Nous ajoutons également la mention à deux illustratrices dans les ressources : Elise Gravel et Lucie Albrecht  pour leurs présentations visuelles de la démarche scientifique. Enfin, les élèves trouveront des vidéos pour faire la différence entre croyance et opinion.

Ressources : présentation + références des articles + correction du travail sur les articles

Bilan

Cinq semaines plus tard, nous proposons aux élèves de répondre anonymement à un sondage sur leurs usages des IAg. Nous reprenons les questions de la première enquête et ajoutons quelques questions plus pointues. Nous constatons dans les réponses que des élèves déjà grands utilisateurs des agents conversationnels pour du travail scolaire et des conseils de santé sont toujours intimement convaincus de leur fiabilité. Ceux qui étaient des utilisateurs plus occasionnels expriment des réticences liées à la méfiance sur les réponses et à l’enjeu environnemental. Certains ont compris l’intérêt des IAg dans leurs apprentissages, notamment dans la compréhension et la mémorisation.

Dans ce type de séquence, les évolutions dans les pratiques ne sont pas forcément immédiatement quantifiables. Gageons que les élèves de cette classe, sensibilisés aux enjeux de l’utilisation des IAg, seront plus vigilants.

Le sujet des IAg est vaste et en constante évolution. Nous avons le sentiment d’avoir effleuré seulement de nombreux aspects et nous aurions aimé disposer de plus de temps.

Voici la bibliographie des ressources utilisées en classe sur la pression et l’IA mais également les références des documents consultés pour élaborer cette séquence pédagogique.

Auteure : Valérie Liger

 

Pour un usage raisonné et raisonnable de l’IA : un projet d’EMI en sciences médico-sociales et en physique-chimie

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