Comment aider les élèves de terminale STI2D à transformer leur projet technique en une véritable question de société ? C’est tout l’enjeu des deux questions du Grand oral. Elles ne doivent pas restituer la solution technique imaginée en cours d’année, mais permettre de prendre du recul et d’interroger le « pourquoi » derrière le « comment ». Ce passage est souvent le point de friction le plus délicat pour les élèves, davantage à l’aise pour décrire leur réalisation que pour la mettre en perspective sociétale.
C’est pour accompagner ce basculement du projet vers la question qu’a été pensée cette séance, en articulant une démarche de questionnement classique avec un usage réfléchi de l’intelligence artificielle (IA) générative. L’IA n’y intervient pas comme un générateur de réponses toutes faites, mais comme un partenaire de réflexion : elle propose des pistes que l’élève doit ensuite trier, critiquer et surtout s’approprier.
1. Cadre et contexte pédagogique
- Niveau : Terminale STI2D (spécialités ITEC, SIN, EE)
- Durée : 1h
- Production finale : deux questions personnelles de Grand oral adossées au projet de spécialité, comparées et retravaillées à partir de propositions d’IA génératives
- Objectifs de la séance :
- comprendre l’objectif des questions du Grand oral et l’importance de leur formulation pour guider la présentation et la réflexion critique sur le projet ;
- utiliser des outils d’IA génératives pour explorer différentes facettes du projet et générer des pistes
- développer l’esprit critique face aux propositions de l’IA, en les adaptant au projet personnel de chacun.
- Compétences CRCN : Domaine 3 : Création de contenus
- 3.1 Développer des documents textuels
- 3.2 Développer des documents multimédia
- 3.3 Adapter les documents à leur finalité
- Compétences numériques en IA : Domaine 2 : Usages et applications de l’IA
- 2.2 Utiliser un logiciel d’IA générative
- 2.3 Evaluer l’information à l’heure des IA génératives
- Matériel nécessaire : ordinateurs pour l’accès au site Compar:IA, quelques exemples de projets STI2D, une fiche projet des deux questions, une fiche de critères d’évaluation
- Outils mobilisés : Compar:IA, une fiche projet imprimée, une méthode de rédaction de prompt (modèle ACTIF)
- Mots-clés : Grand oral, IA générative, esprit critique, questionnement, argumentation, STI2D
2. Déroulé de la séance
Pré-requis : les élèves ont disposé d’un temps de présentation du Grand oral.
La séance est ponctuée en cinq temps sur une durée totale d’environ 60 minutes :
- Une introduction rappelle les objectifs et la démarche de questionnement (7 minutes) ;
- Un travail individuel sur la fiche projet permet aux élèves d’identifier le thème sociétal et d’esquisser une première version des deux questions (15 minutes) ;
- Un exercice de comparaison avec deux IA génératives via Compar:IA (10 minutes) ;
- Un point méthodologique sur l’art du prompt (3 minutes) ;
- Puis un second passage par la comparaison, suivi d’une reformulation des questions de départ (10 minutes).

Le choix de Compar:IA n’est pas anodin. Cette plateforme permet de soumettre un même prompt à deux modèles différents et de comparer leurs réponses. Cette démarche déplace la posture de l’élève.
Il ne s’agit plus simplement de trouver une réponse unique, mais de comparer deux propositions, d’identifier leurs points forts et leurs limites, puis de choisir celle qui paraît la plus pertinente. Cette démarche permet de développer concrètement l’esprit critique face aux réponses produites par l’IA, en apprenant à les questionner et à les évaluer plutôt qu’à les accepter sans aucune prise de recul.
L’ensemble des supports sont consultables, téléchargeables et modifiables ici.
3. Le Grand oral : quelques rappels essentiels
- Un point de vigilance mérite d’être abordé avec les élèves : le Grand oral n’est pas la soutenance finale du projet réalisé en terminale technologique, ni un exposé de la solution technique imaginée pour répondre à une problématique. C’est la défense argumentée d’une question ouverte, en lien avec l’enseignement de spécialité.
- Les deux questions de Grand oral prennent appui sur l’enseignement de spécialité dans lequel le projet a été réalisé. Elles sont ouvertes pour permettre une mise en perspective et doivent permettre une solide argumentation. Elles invitent à prendre du recul, en interrogeant le « pourquoi » en lien avec l’enjeu sociétal et la démarche engagée, et non le « comment » de la solution technique. Elles doivent enfin être personnelles.
4. Du projet à la question
Pour rendre ce cadre concret, un exemple sert de fil rouge en début de séance. Un élève ayant réalisé une commande Bluetooth pour un accès de parking privatif peut transformer son projet en questions comme :
- En quoi l’évolution des réseaux numériques de communication participe-t-elle à l’amélioration de la sécurisation des biens et des personnes ?
- L’évolution des dispositifs de commande à distance pose-t-elle un problème de sécurité informatique pour les réseaux ?
Ces deux questions sont ouvertes, sociétales. Elles font débat, demandent une argumentation étayée par des recherches d’information et dépassent la solution technique envisagée pendant le projet.
5. L’art du prompt : la modèle ACTIF

Pour que le dialogue avec l’IA soit productif, les élèves sont guidés dans la rédaction de leur prompt grâce à une méthode mnémotechnique, le modèle ACTIF :
- Action : ce qu’on demande à l’IA de produire (ici, plusieurs questions de grand oral) ;
- Contexte : la situation dans laquelle s’inscrit la demande (préparation du bac STI2D, spécialité et thème du projet) ;
- Tonalité : le registre attendu (sérieux, argumenté) ;
- Identité : la posture endossée par l’IA (celle d’un élève de terminale en filière technologique) ;
- Format : la forme attendue (une liste à puces).
Un premier prompt est construit collectivement au tableau, puis il est ensuite affiné avec l’énoncé complet des critères attendus (lien avec le sujet, enjeu sociétal, capacité argumentative, format compatible avec un exposé de dix minutes). Chaque élève complète alors sa fiche de synthèse en comparant les propositions du modèle A et du modèle B, avant d’indiquer et de justifier le modèle qui lui convient le mieux.
6. Avantages et limites
- L’IA générative peut d’abord aider l’élève à dépasser la difficulté de la page blanche, souvent paralysante lorsqu’il doit commencer à construire son projet. Elle lui permet d’explorer plusieurs façons d’aborder un même sujet, en faisant émerger des dimensions techniques, économiques, éthiques ou environnementales. Le fait de confronter deux propositions d’IA amène ensuite l’élève à adopter une posture active. Il ne s’agit plus de chercher la bonne réponse, mais de comparer, questionner et faire des choix. Cette mise en regard constitue ainsi une première étape concrète pour développer l’esprit critique face aux productions de l’IA.
- Le travail de reformulation joue également un rôle essentiel dans les apprentissages. En demandant à l’élève de reprendre les questions proposées par l’IA, de les modifier et de les adapter à son propre projet, on l’amène à vérifier leur pertinence et à se les approprier. Il ne se contente donc pas de reprendre une formulation toute faite. Il doit comprendre ce qu’elle signifie et déterminer en quoi elle peut réellement l’aider dans son travail.
- Cette démarche présente toutefois certaines limites. Les propositions de l’IA peuvent rester assez générales et ne pas toujours correspondre au niveau attendu en terminale ni aux spécificités du projet de chaque élève. Le risque est alors que certains élèves retiennent directement une question qui leur semble pertinente ou bien formulée, sans suffisamment s’interroger sur son adéquation avec leur sujet. Il est donc important de préserver un véritable temps de tri, d’analyse et de reformulation. Ce temps de réflexion est aussi important que la comparaison des deux propositions, en permettant à l’élève de transformer une production de l’IA en véritable outil de travail.
- Pour prolonger cette démarche, un temps de mutualisation pourrait être proposé en fin de séance. Quelques élèves pourraient à la classe leurs questions retravaillées, afin de permettre un échange collectif sur leur pertinence et leur formulation. Un second travail sur Compar:IA pourrait également être proposé à la maison, une fois la question affinée, afin que les élèves puissent en tester la solidité argumentative et poursuivre leur démarche critique.
Conclusion
- Cette séance montre qu’une IA générative peut être utilisée dans la préparation du Grand oral non pas comme un simple outil qui fournit des réponses, mais comme un véritable support de réflexion.
- La comparaison entre deux propositions d’IA, suivie d’un travail de reformulation, oblige l’élève à prendre du recul, à questionner les réponses obtenues et à faire ses propres choix. Il devient ainsi acteur de sa démarche, plutôt que de reprendre directement une proposition produite par l’outil.
- Cette activité s’inscrit dans une démarche d’Education aux Médias et à l’Information appliquée à l’IA générative. L’objectif n’est pas seulement d’apprendre aux élèves à utiliser efficacement ces outils, mais aussi à en comprendre les limites, à évaluer leurs productions et à les questionner. Cette approche permet de préserver la dimension personnelle du Grand oral. La question retenue doit être comprise, appropriée et finalement portée par l’élève lui-même.
A consulter
Un autre article sur le site Prof & Doc sur l’utilisation de l’IA dans la préparation du Grand oral.
