Dans le cadre des Travaux inter-académiques mutualisés en EMI et le thème de la créativité numérique, nous nous sommes interessé.e.s aux manières d’aborder ces “images virales” en classe. Au préalable, nous avons souhaité recueillir une expertise scientifique sur le sujet, avec Albin Wagener, ceci afin de nous ancrer dans un cadre réflexif.

Le mème est une image virale qui transmet un message généralement sur les réseaux sociaux. Il fait appel à des éléments culturels reconnaissables par des communautés, ainsi qu’à la réplication ou l’imitation. C’est une forme d’expression qui marque la culture numérique depuis plusieurs années, de part les communautés qui s’en emparent (par exemple les groupes dénommés neurchi qui partagent des mèmes sur un sujet, un vécu commun) : il est possible de réfléchir à sa mise en œuvre pédagogique en tant que levier d’expression créatif, ainsi que l’étudier en tant qu’objet culturel et informationnel.

Derrière une apparence basique, l’usage du mème est riche et pluriel. En classe, outre des compétences liées à la sémiologie, à la lecture d’image, ou à la rhétorique, il peut être relié :

  • à des compétences du CRCN : création de contenus / partager et publier / S’insérer dans le monde numérique
  • à des compétences en EMISe questionner sur les enjeux démocratiques liés à la production d’information en ligne / Adopter un regard critique sur les enjeux de l’information en ligne /Comprendre les traitements de l’information numérique

Il fait également appel à des codes culturels et à des leviers psycho-affectifs.

 

Cadrage scientifique : entretien avec Albin Wagener

Albin Wagener est chercheur et maître de conférences en Sciences du langage et expert en humanités numériques.

Il est auteur du livre “Mèmologie, théorie post-digitale des mèmes“. Il a accepté de répondre à nos questions sur le mème en tant que vecteur de communication et d’expression, comme élément essentiel de la culture numérique et comme levier pour l’EMI.

 

 

 

 

 

Les ressources évoquées dans l’entretien :

Un sketchnote récapitulatif de l’entretien par Meryl Laurent

Le mème, entre langage médiatique et création culturelle

  • Le mème est un moyen de communication ludique, facile à utiliser et créer, qui joue sur un ensemble de codes.
  • Il “compresse” des éléments mentaux et langagiers. Il est un message mais également la transcription d’un état mental. Le ressenti est traduit par une image évocatrice et des éléments textuels. Il est même possible d’avoir des conversations en mèmes !
  • Il y a énormément de symbolique. Celle-ci renvoie à des référents culturels partagés par une communauté (personnages de fiction ou personnages connus), à un état psycho-affectif (expression des visages des personnages) dont l’impact est puissant (il y a une réduction de la distance entre “ce que je ressens” et “ce que je voudrais que l’autre ressente”. On se “reconnait” dans un mème.
  • Du point de vue rhétorique, c’est un concentré d’argumentation, qui n’est pas forcément une simplification : il y a une puissance explicative de part le lien image/texte et les référents.
  • Des groupes se structurent autour du mème (neurchi) : par exemple, des groupes d’entraide autour de la dépression. On partage des mèmes pour exprimer un vécu avec d’autres personnes. Ces communautés peuvent se réunir autour du sujet du mème ou d’un référent culturel.


Voici deux exemples. On observe que les mèmes  :

– peuvent être des variations autour d’un “référent” (exemple d’un élément visuel qui devient viral)

– peuvent être des visuels différents pour s’exprimer autour d’un sujet, d’un évènement.

Quelques utilisations pédagogiques :

Lecture d’image, questionnement sur la culture numérique et la viralité, rapport texte/image, compréhension, créativité numérique, détournement, moyen d’expression et de sensibilisation… Il nous semble possible de réfléchir à sa mise en œuvre pédagogique en tant que levier dans bien des situations en classe.

Dans le cadre de l’EMI, faut-il prendre en compte les mèmes et les enseigner ? Les mèmes sont  un moyen de s’informer et de commenter l’actualité. Ce n’est pas un objet anecdotique : il est solidement ancré dans les pratiques en ligne depuis plus d’une quinzaine d’années.

Dans tous les cas, il faudra veiller à ne pas abuser de son usage en cours au risque de le vider de son attrait et de coloniser une propre à soi !

 

  • Traiter l’actualité 

Une activité parue dans la brochure CLEMI “Semaine de la presse et des médias 2022” propose aux élèves de comparer deux types d’images autour d’un thème d’actualité : un mème repéré sur un réseau social et une photo de presse légendée. Dans quelle image peut-on relever les réponses aux 5W ? Les deux images font-elles référence à des événements précis ? Quel est le ton utilisé par le texte accompagnant l’image ? Il s’agit de “faire la différence entre les éléments explicites et implicites rencontrés dans les deux images”. “On peut également proposer un dessin de presse à comparer aux deux premières images. Dans un second temps, les élèves peuvent également proposer leurs propres mèmes à partir d’une image, en travaillant sur le ton humoristique et les références implicites de leur publication”.

Les mèmes, nouvelles forme de langage médiatique. Brochure CLEMI. Education aux médias et à l’information. 2021. P. 51-52 / Version web 

 

  • Etudier le mème et ses codes

En tant que vecteur d’informations, il est possible d’analyser les codes narratifs, argumentatifs, sémiotiques, le rapport image-texte. Le mème est un “concentré d’argumentation”, il n’est pas une forcément une simplification qui occulterait les nuances.

 

  • Créer des mèmes pour sensibiliser

L’impact du mème lui permet de créer des messages afin d’engager les élèves sur des causes, telles que les luttes contre le racisme, le harcèlement, le réchauffement climatique, etc.

 

  • Imaginer un concours de mèmes

 

  • Un atelier d’expression à base de création de mèmes

Le mème peut être utilisé pour faire s’exprimer les élèves sur un vécu : faire émerger une idée, une situation qui pose problème, capter le questionnement des élèves sur leur vie dans l’établissement…

Il est  possible de faire émerger des problèmes ou des sentiments d’injustice, afin de favoriser des discussions afin de favoriser le bien-être scolaire. Nous avons observé, qu’il était un bon moyen de “délier” la “parole”.

 

  • Pour un bilan de fin de cours : évaluer la compréhension ou la réception d’une activité 

Dans le webinaire ci-dessus, A. Wagener explique qu’il lui arrive de demander à ses étudiant.e.s de reformuler une notion sous forme de mème en fin de cours. C’est assez efficace et cela permet d’aller sur le terrain des étudiants.

 

 

 

 

 

  •  Corriger avec des mèmes ?

Il arrive que certains enseignants corrigent avec des mèmes pour moins de négativité et pour des facilités de compréhension de la correction. Comme cette enseignante d’anglais, aux Etats-Unis, évoquée sur le site Thot Cursus, qui “use de la photo d’un joueur de basketball confus pour montrer les parties incompréhensibles. Elle utilise aussi une image du célèbre chef Gordon Ramsay dans un cliché où il est exceptionnellement satisfait, pour souligner le bon travail d’un apprenant.”

Cela lui permet d’utiliser la culture populaire (films, séries, actualités) et de diminuer la pression en cas de fautes, en intégrant un peu d’humour.

  • Créer des affiches pour des règles en classe

 

  • Réviser?

On sait que le mème est utilisé par des lycéens et étudiants pour réviser (on l’utilise d’abord pour se détendre, puis on s’aperçoit que ce partage de réactions permet de réviser et devient un outil de construction de connaissances).

Ici, des étudiants en biologie ont créé un mème sur le cycle cellulaire (difficilement compréhensibles sans les “codes” !) qu’ils ont partagé sur une page en ligne de biologie. Les commentaires vont faire émerger les discussions qui allient connaissance et plaisir.

 

 

 

 

Ressources complémentaires :

 

Rédaction : Raphaël Heredia / Meryl Laurent

Nous remercions Cécile Diet pour sa prise de note durant le webinaire.

 

 

 

Les usages pédagogiques du “mème” : entretien et pistes

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